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Afrique : cette justice au service perpétuel du plus puissant

Afrique : cette justice au service perpétuel du plus puissant

Vous avez dit séparation des pouvoirs ? Glosez autant que vous pouvez, il y aura toujours les défenseurs des droits de l’homme et de la démocratie, des gens comme vous, pour vous écouter. Pendant ce temps, le magistrat  et plus globalement la justice se muent plus que jamais en instruments au service des tout-puissants dirigeants, couperet entre les mains des Chefs d’Etats pour décapiter ces opposants trop critiques, cette société civile trop intrépide, ce peuple pour le moins insatiable. Si ici au Bénin, Thomas Boni Yayi n’y a pas réussi, il ne suffit que de quelques exemples parmi les plus récents en Afrique, pour étayer la généralisation de cet état de fait. Ouganda, Congo Brazzaville, Gabon, Congo Kinshasa… Ce qui se passe dans chacun de ces pays à l’heure actuelle tient ni plus ni moins de l’instrumentalisation de la justice à des fins politiques.

Afrique justice

En Ouganda, l’homme a nom Kizza Besigye. Ancien médecin personnel du Président Yoweri Museveni. Passé à l’opposition et à nouveau candidat malheureux lors de la présidentielle de février 2016 après ses tentatives précédentes. Arrêté et inculpé du crime de « haute trahison », l’opposant encourt la peine capitale ou au moins un emprisonnement à perpétuité. Son tort, avoir refusé de reconnaitre la dernière victoire en date du Président ougandais et s’être proclamé président.

Congo. Ici, l’homme a nom Général Jean-Marie Mokoko. L’ancien Chef d’Etat-major de l’armée et ex-conseiller du président Denis Sassou-Nguesso chargé des questions de paix et de sécurité est tombé en disgrâce depuis janvier 2016 quand s’est mis à rêver publiquement de succéder à ce dernier. Candidat malheureux à la présidentielle du 20 mars, il a été  inculpé pour « atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat », mis en cause dans une vidéo tournée en 2007 le montrant discutant d’un plan visant à chasser le président Sassou-Nguesso du pouvoir avec un homme dont on ne voit pas le visage et qui se présente comme appartenant aux services de renseignement extérieur de la France (la DGSE).

Au Gabon, c’est l’ancien Président de la Commission de l’Union africaine, Jean Ping, qui est dans le collimateur de la justice. Candidat annoncé à l’élection présidentielle gabonaise du 27 août prochain, il est poursuivi par l’agent judiciaire de l’État pour « atteinte à la sécurité publique » et par le Président Ali Bongo Ondimba pour diffamation. Il fait en effet partie de ceux qui dénient à ce dernier son origine gabonaise de même qu’il est accusé d’incitation au génocide pour avoir traité certains gabonais de « cafards ».

A Kinshasa, c’est le puissant et sémillant ancien gouverneur du Katanga qui est en passe d’être mis hors-circuit par voie judiciaire. Depuis qu’il a rejoint l’opposition et décidé de se porter candidat à la prochaine présidentielle prévue pour décembre 2016, le Président du club de foot du TP Mazembe est devenu un homme à abattre. Condamné à trois ans de prison dans une affaire de spoliation immobilière, il devient inéligible pour l’heure alors qu’un autre procès, plus délicat encore l’attend pour « recrutement de mercenaires » et « atteinte à la sureté nationale ».

Tchad, Zimbabwe, Burundi, Guinée équatoriale, Togo, les exemples de ce type se comptent par dizaines en Afrique ces dernières années. Signe évident que la stratégie qui consistait à assassiner purement et simplement les opposants politiques ne fait plus recette. Les magistrats mis à contribution, le résultat est le même. Opposition muselée, place nette. Avec la latitude pour le gouvernement de crier à l’indépendance de la justice. Belle trouvaille. C’est bien malheureux de devoir l’admettre, ce n’est pas demain la veille de la fin de cette sordide pratique.

James-William GBAGUIDI

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