Bannière
Bannière

Arts contemporains africains en Europe: les ambitions du mécène Eric Guettey

Arts contemporains africains en Europe: les ambitions du mécène Eric Guettey

Difficile de l’interrompre quand il se met à parler avec aisance du talent exquis des artistes africains ou par exemple quand il s’extasie devant la statue de Victor Hugo à Besançon (Est de la France) réalisé par le sculpteur sénégalais Ousmane Sow (photo d’illustration). Le mécène d’art ivoirien, Eric Guettey, a une seule passion: travailler au positionnement international des artistes africains dont le talent reste souvent méconnu.En marge de la 8è édition du forum de la diversité en Bourgogne Franche-Comté, l’opérateur culturel a accordé une interview à Afrikatv. 

Vous êtes bien connu et référencé dans les milieux où l’on parle d’art contemporain sur la place parisienne.En quoi consiste le rôle d’un mécène d’art passionné de talents africains?

L’art contemporain africain est connu par le grand public à travers l’œuvre de quelques artistes phares: Pascale Marthine Tayou, le plasticien camerounais, Chéri Samba, le peintre congolais ou le grand Ousmane Sow, le sculpteur sénégalais aujourd’hui décédé ; nous sommes d’ailleurs à Besançon dans sa ville d’adoption.Le sens de mon action c’est de favoriser et d’accroitre l’émergence des artistes africains contemporains sur le marché international de l’art, car l’Afrique recèle de multiples talents, ses artistes travaillent sur des thématiques diverses et passionnantes (le développement durable, le dialogue interculturel ou encore le nomadisme) et je suis convaincu que le développement de ces pays passe également par l’organisation d’une réelle politique culturelle.

L’Afrique dispose de talents artistiques qui n’atteignent toujours un stade de reconnaissance internationale. S’agit-il d’une discrimination dans les circuits internationaux ou d’un manque de vision des acteurs culturels du continent?

Il est vrai que jusqu’à très récemment, ce sont les Etats-Unis et l’Europe occidentale qui ont polarisé les circuits de production et de commercialisation de l’art. Pour exister sur la scène internationale, les artistes africains devaient nécessairement s’expatrier. Les pays africains n’en sont pas encore à mener des stratégies culturelles d’ampleur et ce sont bien souvent les artistes eux-mêmes qui sont à l’origine de la création d’espaces de diffusion sur le continent, par exemple la station Bandjoun au Cameroun sous la houlette de l’artiste Barthélémy Toguo.

La volonté politique des Etats africains a été le plus souvent épinglée quand on parle de politique culturelle. Pourtant de nombreux Etats africains font des efforts de mise en place de dispositifs culturels. Quel est le chaînon manquant pour un rayonnement international des arts visuels africains?

Il est vrai qu’une prise de conscience commence à émerger parmi les décideurs africains sur l’opportunité de mettre en œuvre des politiques culturelles organisées. On peut néanmoins constater que la technicité n’est pas encore acquise et que les pays africains connaissent un retard important dans ce domaine. Ce qui manque à mon sens, c’est le lien qui n’est pas encore établi entre culture et développement humain et économique. La promotion culturelle doit être vue comme un réel investissement économique et social.

En tant que mécène d’art en France, quelles sont les initiatives que vous avez porté pour le positionnement international des artistes africains?

J’ai pour l’instant conduit des initiatives dans trois directions: je sensibilise les décideurs à l’importance de développer une politique culturelle (lors d’une conférence à sciences po par exemple) ; je promeus les artistes contemporains africains à travers l’organisation d’expositions de leurs œuvres dans les pays européens et enfin j’ai permis à la Côte d’Ivoire d’ouvrir l’atelier Christian Lattier à la cité internationale des arts de Paris pour renforcer le rayonnement culturel de ce pays.

Quel est votre message à l’endroit des décideurs africains qui ont en charge la promotion de la culture sur le continent?

J’insiste à leur endroit sur les bénéfices de la promotion artistique d’abord en terme géopolitique, car la richesse artistique d’un pays et ses capacités de rayonnement culturel démontrent avant tout la vitalité de sa société ; par ailleurs, il faut que nos décideurs mesurent l’importance du commerce de l’art contemporain en terme économique, rappelons que lors de la crise des subprimes, seul le marché de l’art s’est maintenu à son niveau de transactions.

 

Entretien réalisé par Fidèle GOULYZIA

Related posts

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.