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Ces saigneurs d’Afrique qui rêvent d’impunité

Ces saigneurs d’Afrique qui rêvent d’impunité

L’idée saugrenue de tuer le médecin pour ne pas se voir établir le mal dont ils souffrent ne les a décidément pas encore quittés. Les Chefs d’Etat africains, chaque fois que la procureure de la Cour pénale internationale (CPI), Fatou Bensouda, de sa bouche en fleur, se rappelle à leurs souvenirs comme c’est le cas actuellement avec le procès de Laurent Koudou Gbagbo et de son co-accusé Charles Blé Goudé, ressortent la rengaine : « il faut quitter la CPI, en bloc ».

CPI, Fatou Bensouda,

A l’origine de cette grogne, un constat : la totalité des trente personnes environ inculpées par la CPI depuis l’entrée en vigueur du Statut de Rome sont des Africains. Parmi elles, un ancien Chef d’Etat, Laurent Gbagbo de Côte d’Ivoire dont le procès est en cours, un Chef d’Etat en exercice, Omar El-Béchir du Soudan qui semble avoir été oublié et récemment encore, les Président et Vice-Président du Kenya, Uhuru Kenyatta et William Ruto. La situation était déjà bien assez singulière pour susciter depuis de nombreuses années l’indignation de certains intellectuels africains et surtout des dirigeants, qui voient en la CPI un instrument politique dirigé exclusivement contre l’Afrique, ses ressortissants et ses gouvernants.

Ces derniers jours, l’idée d’un retrait collectif des 34 Etats africains parties au Statut de Rome, entretemps agitée par certains de ces Chefs d’Etat, refait surface. Le procès à La Haye de Laurent Gbagbo n’y est certainement pas étranger. Après Robert Mugabe, Idriss Déby Itno, nouveau Président en exercice de l’Union africaine souhaiterait voir débattre de la perspective d’un retrait collectif du Statut de Rome, en représailles à la délicate et pesante attention de la procureure et des juges de la Cour à l’endroit de certains parmi eux. Rien moins que ça. Un retrait collectif.

Alors, me vient une envie de faire de l’histoire. Et de la géographie. D’abord la géographie. Il ne suffit que de porter un regard même furtif, sur la carte polémologique du continent africain ces dix dernières années pour se rendre à l’évidence de la multiplicité des foyers de tensions dans toutes les sous-régions. Répressions brutales des libertés publiques, troubles internes, mutineries, rébellions armées, guerres civiles… Un lot quotidien dont les Somaliens, les Congolais, les Libériens, les libyens, les Centrafricains, les Ivoiriens, les Kényans etc. pourraient vous donner des détails à vous glacer le sang. Ensuite l’Histoire. Celle d’Omar Hassan al-Béchir et de ses amis Djindjawid, bourreaux du Darfour ; celle de Laurent Koudou Gbagbo et de exactions de ses partisans dans la crise ivoirienne ; celle de Jean-Pierre Bemba et des centaines de femmes centrafricaines violées et massacrées à Bangui en 2001… Ces histoires écrites des lettres de sang de ces morts qui réclament justice. Une justice dont l’Afrique se montre bien incapable et que la CPI, en toute légalité et en toute légitimité tente d’apporter, le plus souvent à la demande des Etats eux-mêmes. Même si bien sûr, ni ses choix, ni ses méthodes ne sont exempts de reproches.

Quand donc, Idriss Deby dont on connait également le parcours, et certains de ses pairs se proposent de faire retirer les 34 Etats africains parties au statut de Rome, il n’y a pas lieu d’y voir autre chose qu’un sordide chantage. Ce n’est pas le fait de priver la Cour d’accès à l’Afrique  qui pourrait suffire à faire disparaitre les motifs bien réels qui retiennent l’attention de la Procureure Fatou Bensouda et des juges. Elle traduit de la part de ces dirigeants africains une volonté obstinée de laisser se perpétuer les indicibles violations des droits de l’homme sur le continent, au mépris de leurs peuples et des objectifs mêmes poursuivis par l’Union africaine à travers son Acte constitutif.

CPI

Il n’est en tout cas pas dit que l’Union africaine franchira le mauvais pas que constituerait l’ordonnance d’un retrait pur et simple des Etats africains parties au Traité de Rome. Cela est même peu probable. La question divise, et la majorité qualifiée des deux tiers nécessaire à la prise d’une telle décision ne peut être réunie. Même si le profil bas observé depuis quelques temps par les Etats favorables à la CPI a de quoi inquiéter, ce n’est demain la veille que l’UA fera lâcher par ses membres la CPI.

James-William GBAGUIDI

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