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La Chronique de Martin Mbita: L’intégration africaine: l’autre ventre mou de la Coopération Sud-Sud

La Chronique de Martin Mbita: L’intégration africaine: l’autre ventre mou de la Coopération Sud-Sud

Martin Mbita est un journaliste originaire du Cameroun et vivant en France. Diplômé en journalisme, il est lauréat du <<Prix d’excellence en communication >> de l’Union Catholique Internationale de la Presse (UCIP ) 1998. C’est également l’un des pionniers de la chaîne de télévision Ubiznews diffusée en Afrique et en France. Chaque vendredi, pour <<Le Grand Angle>>, il commente depuis Paris (France) un fait marquant de l’actualité internationale. Un bloc-notes subjectif et libre.

 

L’Afrique noire est-elle toujours mal partie comme l’écrivait l’agronome René Dumont en 1962 ?

 

Si aujourd’hui selon des économistes, les indicateurs de croissance sont au vert dans certains pays africains, qui se targuent même d’avoir une croissance à deux chiffres, beaucoup reste encore à faire pour atteindre l’émergence, devenue un outil de propagande. Et ce n’est un secret de polichinelle  que l’intégration, l’un des facteurs d’échange et de développement entre Nations, reste le ventre mou de l’émancipation des peuples en Afrique. Le Continent est pourtant milliardaire en habitants : une grande richesse. Sauf que le cloisonnement du continent notamment avec des pays africains qui ne commercent pas entre eux ( seulement près de 12% des exportations africaines, vont vers d’autres pays africains), constitue un véritable frein à son développement.

Et lorsque << l’Afrique des idées>>, un Think-Tank indépendant fondé sur l’afro-responsabilité, indique sur son site que l’intégration régionale apporte bien plus que la croissance, il a raison.

En effet, l’intégration est un facteur essentiel de paix et de stabilité. << Les conflits naissent et sont favorisés par des situations marquées par des tensions entre parties adverses, et surtout du fait des intérêts antagonistes >>. Cette argumentation dudit Think-Tank n’est pas à prendre à la légère.

Si l’Afrique de l’Ouest a plus ou moins réussi avec l’UEMOA ( l’Union Économique et Monétaire Ouest Africain ) pour la monnaie commune et la CEDEAO ( Communauté des États de l’Afrique de l’Ouest) avec notamment la libre circulation des personnes, il n’en est pas de même pour la SADC ( Communauté de développement d’Afrique Australe). Pour partir de Kinshasa en RDC à Luanda la capitale de l’Angola l’un des États membres, il faut avoir un visa. Un sésame pas facile à obtenir. Et les ressortissants de la République Démocratique du Congo ( le pays a fait le choix d’être membre de ce regroupement plutôt que la CEMAC, puisqu’il est situé en Afrique Centrale), sont pourchassés et humiliés en Angola comme de vulgaires brigands.

En Afrique centrale c’est la << même sauce >>. Ici, l’intégration dans la zone CEMAC (Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale) piétine. Les Présidents Paul Biya du Cameroun, Obiang Nguéma Mbasogo de Guinée Équatoriale, Sassou N’guesso du Congo, Idriss Déby du Tchad, Ali Bongo du Gabon et Faustin-Archange Touadéra de Centrafrique, peinent à trouver un compromis quant à la libre circulation des personnes, dans leurs territoires respectifs. Et ça fait plus d’une trentaine d’années que cela dure. Selon les spécialistes en migrations et économistes que nous avons interrogé, si le problème ne se pose pas entre le Tchad, le Congo, le Cameroun et la République Centrafricaine en ce qui concerne les déplacements des populations, c’est au niveau du Gabon et de la Guinée Équatoriale qu’il y a blocage . Il faut toujours un visa aux ressortissants de ces pays pour se rendre à Malabo ou à Libreville.

Pire encore, selon des témoignages enregistrés au Gabon et en Guinée Équatoriale, des actes de xénophobie sont fréquemment enregistrés dans ces deux pays où les étrangers sont qualifiés d’envahisseurs, qui viennent s’enrichir au détriment des populations locales. Le même discours a été entendu et vécu en Afrique du Sud avec des conséquences que l’on connait. Ces actes, ont également été enregistrés entre Congolais de Kinshasa et Rwandais, entre les deux Congo, Kenyans et Somaliens.

Les pays adeptes de la xénophobie se plaignent de l’envahissement de leurs pays par les étrangers. À titre d’exemple, un haut responsable du gouvernement équato-guinéen lors d’une conférence de presse à Paris déclarait : <<  Imaginez si on ouvre nos frontières : les Camerounais sont plus de 20 millions d’habitants, et nous à peine un million. Ils vont nous envahir  >>.

Un faux débat selon les économistes qui estiment que ceci profiterait plutôt au pays, à condition que cette immigration soit mieux régulée. D’après eux, si toute personne qui s’installe dans un pays de manière légale s’acquitte de tous les droits qui lui sont réclamés, c’est une valeur ajoutée pour l’État. Le Nigéria par exemple avec près de 200 millions d’habitants et qui partage la même frontière avec le Cameroun (20 millions d’habitants) du Nord au Sud ne l’a jamais envahi. La présence de l’étranger n’est pas forcément négative.

Il faut tout de même rester optimiste quant à l’avenir de l’intégration africaine car, des actes forts initiés par quelques présidents africains, permettent tout au moins de rêver. Patrice Talon président du Benin et Uhuru Kenyatta du Kenya, ont décidé de mettre fin aux visas d’entrée dans leurs territoires pour leurs ressortissants.

Le Benin a également supprimé les visas d’entrées de court séjour pour une trentaine de pays africains. Une initiative louable qui devrait inspirer les autres dirigeants africains. Ce sont de véritables exemples de la coopération Sud-Sud.

Edem Kodjo ancien Premier ministre du Togo, ancien secrétaire général de l’OUA devenue Union Africaine, Président fondateur de Pax Africana, croit fermement à l’intégration africaine. Et pour lui, l’intégration ne se fait pas uniquement par l’économie, elle est aussi le fait du politique.

Imaginez Aliko Dangote, l’homme le plus riche d’Afrique. Malgré son entregent l’homme d’affaires nigérian a besoin de 38 visas pour se déplacer à travers l’Afrique.

D’après un rapport de la Banque africaine de développement, cité par le journal Le Point, sur les 54 pays du continent, seuls 13 permettent aux voyageurs africains d’entrer dans le pays sans effectuer de demande de visa. Un citoyen africain a donc besoin d’un visa pour se rendre dans 55 % des pays du continent, alors que seuls 45 % des États africains exigent un visa aux ressortissants américains qui se présentent à leurs frontières. Ceci devrait interpeler l’Union Africaine, qui a lancé récemment le passeport unique pour les ressortissants Africains, à prendre ses responsabilités. Son Conseil de Paix et de Sécurité (COPS) a exhorté tous les États membres à adopter le passeport africain et aussi à appliquer le Protocole relatif à la libre circulation des personnes, facteur de prospérité.

Les premiers passeports ont été délivrées aux présidents Idriss Deby du Tchad, président du Tchad, et à Paul Kagamé du Rwanda en marge du sommet de l’Union Africaine de juillet 2016 à Kigali.

Il ne reste plus qu’à espérer que ces bonnes décisions ne dormiront plus à jamais dans les tiroirs des décideurs.

 

Martin Mbita

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