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Culture : Promotion de la littérature noire, le violon d’ingres de Laurie Pezeron

Culture : Promotion de la littérature noire, le violon d’ingres de Laurie Pezeron
Crédit photo Manu Dorlis©

La promotion des auteurs noirs en France constitue un véritable sacerdoce à ses yeux. Professionnelle des médias et des relations publiques, Laurie Pezeron est la fondatrice du Club de lecture Read; une tribune de valorisation de la littérature noire dans sa riche pluralité. Entretien avec une inconditionnelle des lettres et de la culture afro.

Un club de lecture des auteurs afro à Paris, quelle est l’opportunité et les motivations d’une telle initiative?

L’envie tout simplement de partager mes lectures à propos des auteurs qui étaient moins visibles que d’autres, comme on partage un bon film qu’on a bien aimé.

Que répondez-vous à ceux qui pourraient voir dans cette initiative une démarche communautaire et sectaire dans une société qui veut tendre vers le métissage?

Je répond souvent “Et, alors ?”, si s’intéresser à sa propre culture est interprété comme un replis communautaire, c’est bien dommage. C’est une ouverture justement à des auteurs qui ont besoin d’être plus visibles, qui ont une sensibilité universelle qui a besoin d’être plus promue… La richesse est de découvrir des cultures différentes, et il est vrai que la rencontre de ces cultures est une richesse, cependant il faut que ces différences existent pour créer cette fameuse richesse.

Quelle est votre cible et comment organisez vous concrètement vos activités?

Ma vraie cible est ceux qui rebutent la lecture, j’ai tellement attrapé ce virus littéraire tardivement que je souhaite à tout prix contaminer le plus de monde.L’organisation est assez simple, tout se déroule par mail, et aujourd’hui je bénéficie des réseaux sociaux. Quelqu’une dans mon entourage a créé une club de lecture il y a plus de 20 ans, à l’époque elle envoyait des courriers, et relançait tous ses membres par téléphone. Pour moi aujourd’hui, c’est beaucoup plus simple.

Quel regard portez-vous sur l’évolution de la littérature noire après les luttes contre l’esclavage, la ségrégation raciale, la quête de l’identité noire,  les indépendances, la dénonciation du néo-colonialisme? Où en sommes nous aujourd’hui?

La littérature “noire” est loin d’être un genre littéraire, et il faut savoir que les auteurs afro-descendants écrivent sur d’autres sujets que ceux liés à l’esclavage, l’identité ou à la ségrégation… C’est difficile de faire un état des lieux aujourd’hui, parce que je suis moi-même encore dans la découverte. Une chose est sûre, c’est que ces auteurs intéressent, ont un lectorat important, que les plus grands tels que Fanon, Condé ou Césaire, même si leurs noms sont connus (souvent plus à l’étranger, notamment aux USA) sont encore à faire connaître au plus grand nombre. Parce qu’on connaît souvent leur nom, et beaucoup moins leurs écrits.

La littérature noire ne se définit-elle que par le combat ? N’y a t-il pas une place pour l’évasion ?

C’est l’idée qu’on s’en fait la plupart du temps : le combat “noir”. Il y a de la place pour tous les sujets, il y a de la science fiction, des témoignages, des histoires d’amour, de l’humour, et là est la force de la littérature tout court.

Au-delà de la littérature, avez-vous le sentiment que le dialogue des cultures entre Afro-Américains, Afro-Antillais et Africains est en marche ?

En réalité, il a toujours été présent, il y a juste à voir le nombre d’Afro-Américains qui sont venus vivre à un moment donné à un moment donné : Richard Wright, Joséphine Baker, James Baldwin, Angela Davis… Les ponts se font plus qu’on le croit, nous devons les consolider, même si nos références communes sont souvent uniquement afro-américaines.

Quels sont les leviers qu’il faut actionner pour une reconnaissance des plumes afro marginalisées en France?

Il faut les intégrer aux genres littéraires classiques, plutôt que créer des catégories “Afrique” qui globalisent des auteurs totalement différents.Et il faudrait que la diaspora africaine de part le monde connaisse cette littérature, les auteurs francophones devraient être plus traduits en anglais, cela amènerait à encore plus d’échanges entre les afro-descendants des différents continents.

Entretien réalisé par Fidèle GOULYZIA

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