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Fitheb : Tourner la page de la tragédie ; une réflexion de Claude Urbain Plagbéto

Fitheb : Tourner la page de la tragédie ; une réflexion de Claude Urbain Plagbéto

La 14è édition du Festival international de théâtre du Bénin (Fitheb) a eu  lieu du 16 au 24 novembre 2018 au Bénin . Le thème retenu à cet effet est intitulé : «théâtre, engagement civique et social pour un développement durable, au Bénin en Afrique et dans le monde». Après une semaine de spectacles organisés  dans six (06)  ville à savoir : Cotonou, Porto-Novo, Parakou, Lokossa, Abomey, et  Natitingou, le journaliste béninois Claude Urbain Plagbéto dans une publication diffusée sur sa page facebook estime que le concept devrait être revu. Votre site vous propose l’intégralité de sa publication.

 

 

« L’Etat devrait cesser de jeter de l’argent par la fenêtre en finançant le Fitheb… Si le théâtre prouve qu’il procure un bien-être intellectuel, moral, social, psychologique ou matériel de toute la population et non d’un petit club de malins, il devrait être financé même beaucoup plus que maintenant. S’il prouve le contraire, comme c’est le cas actuellement où il n’y a pratiquement pas de création, il n’y a aucune raison qu’on gaspille nos sous ». Ce cri de détresse lancé, il y a quelques années, par le dramaturge Camille Amouro reste toujours d’actualité en ce moment où le rideau est tombé sur la quatorzième édition du Festival international de théâtre du Bénin (Fitheb).

Tenu dans un contexte de rareté des créations locales et où la plupart des troupes nationales végètent dans un immobilisme déconcertant, le Fitheb 2018 n’aura tenu que le pari d’une organisation en demi-teinte comme c’est le cas d’ailleurs depuis quelques années. Outre la programmation des spectacles qui laisse à désirer, la communication avant et pendant ce grand événement est restée l’ombre d’elle-même. Le problème de mobilisation du public, c’est le hic ! En effet, le public a déserté les salles de spectacles. « Ce sont beaucoup plus les artistes béninois qui viennent soutenir leurs frères », a déploré un artiste burkinabé, à l’issue du spectacle L’humanité plage à Cotonou. Au nom des festivaliers, le Nigérien Cheikh Amadou Kotondi, directeur de festival, renchérit et lance, lors de la cérémonie de clôture, un appel à l’endroit des populations pour venir perpétuer « le brassage culturel » qu’offre le Fitheb. 

Pour corriger cet état de choses, le directeur du Fitheb, Erick-Hector Hounkpè, préconise : « Il nous faut chercher le public et ça nécessite de l’investissement : noyauté les écoles, les clubs Fitheb, faire en sorte que les innovations s’installent, et que tous les compartiments du public s’approprient le Fitheb, pour qu’en retour et c’est le plus grand défi, qu’il y ait une rentabilité économique ». Et qu’est-ce qui empêche de le faire depuis des années ? 
Un drame se joue sous nos yeux avec le Fitheb qui donne l’impression d’un machin à travers lequel un groupuscule d’individus en collaboration avec des troupes étrangères s’accapare de l’argent du contribuable béninois sans être inquiété. « On ne devrait pas venir au Fitheb pour s’enrichir, acheter des voitures, construire des maisons et guérir sa propre maladie financière.

 

Car, le Fitheb n’est pas un centre d’œuvres sociales », avait laissé entendre le metteur en scène Alougbine Dine, ancien directeur du festival, appréciant la situation qui prévalait déjà avant l’actuelle direction. Lui aussi, sa gestion avait été décriée mais entre les éditions qu’il a organisées et celles de ces dernières années, il n’y a pas photo. Les services spécialisés de la production, de la diffusion des spectacles, de la programmation d’évènements annoncés sous l’ancien directeur Pascal Wanou, s’ils existent toujours, ne prouvent aucune efficacité.

 

Réformer ou supprimer

 

Les missions des directeurs à chaque édition sont à peine précisées. Ils sont pour la plupart des artistes ayant organisé quelques manifestations par le passé. Depuis un moment, le Bénin forme sur place des techniciens en administration culturelle. C’est à eux de diriger un festival comme le Fitheb qui devrait contribuer à faire du Bénin un grand carrefour du théâtre en Afrique et dans le monde ; le rôle des artistes étant de créer. A César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.

Défendu par les pionniers pour constituer un créneau d’expression où les rêves les plus soutenus s’imposeraient au public dans le sens du progrès social, le Fitheb est loin de combler les attentes et reste en quête de gloire, vingt-huit ans après sa création. Depuis la nuit des temps, Molière, Shakespeare, Sartre, Ionesco, Vilar, Béquet et autres ont été toujours avant-gardistes, contribuant à des changements énormes grâce à leurs propres contradictions. Sous nos cieux, les acteurs du quatrième art ont du mal à tenir ce rôle d’éclaireurs, quasi-absents qu’ils sont des débats sérieux qui engagent la vie publique. En dehors de quelques lascars qui essaient de tenir la dragée haute dans ce milieu d’opportunistes, bon nombre attendent l’approche du Fitheb pour fabriquer quelque chose. Tout cela est couronné par l’impréparation et l’improvisation qui ont toujours caractérisé les éditions successives du festival. Celle de 2018, malheureusement, n’a pas dérogé à la tradition des imperfections qui empêchent le festival de se hisser au rang et aux normes d’un grand événement.

Le Fitheb nécessite aussi une cure de réformes profondes, un nouveau départ, afin d’être plus professionnel, rassembleur et financièrement autonome. Il faut tourner la page de la tragédie le plus tôt possible ou à défaut supprimer le Fitheb.
C’est ce que je crois.

 

Claude Urbain Plagbéto

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