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Bénin / Éducation : déviances dans le système éducatif béninois, et si on situait les responsabilités

Bénin / Éducation : déviances dans le système éducatif béninois, et si on situait les responsabilités

Une réflexion de Ange N’ KOUE

Depuis quelques jours, la toile s’est enflammée aux images immondes de certains groupes de jeunes qui ont livré à la face du monde ce qui se faisait depuis longtemps sous boisseau.
« Haro, sur eux ! », avons-nous tous crié, « ils doivent subir les rigueurs de la loi ».

Des voix se sont élevées pour condamner avec rigueur et sans complaisance, ces actes qui ne seraient pas de notre société. L’instant de l’indignation passé, n’est-il pas de raison de se poser les bonnes questions ?
La bible ne nous enseigne-t-elle pas qu’un pommier ne produit pas de figues, de même qu’un manguier ne produit pas d’oranges. Ne dit-on pas que des chiens ne font pas des chats.

Pourquoi devons-nous fuir nos responsabilités quant aux résultats auxquels nous sommes parvenus aujourd’hui dans le domaine de l’éducation de nos enfants ? Assumer en tout temps et en tout lieu, voilà ce que nous impose la sagesse. Alors ayons alors le courage de prendre notre part dans cette déchéance avancée.

En 2001, alors que j’étais Directeur Départemental de l’Education des départements de l’Atacora et de la Donga, j’ai dû retirer mon enfant de l’internat d’un des plus prestigieux collèges de Cotonou, parce qu’il était traumatisé par des pratiques obscènes, soigneusement entretenues par les ainés sur les plus jeunes élèves.

Je n’ose imaginer le malaise accumulé au fil des années et toutes les contres valeurs dont ces élèves se sont abreuvés dans ces espaces pourtant dédiés à l’éducation. Choqué par ce laxisme et ces déviances, j’en ai fait mon cheval de bataille dans les départements de l’Atacora et de la Donga, et à chacune des occasions qui se présentaient, sur le plan national, j’évoquais la question avec l’urgence d’agir.

Mon humble compréhension de notre rôle de parent éducateur, repose sur quatre piliers. Dans leur majorité, ils se rejoignent et portent en eux, les germes d’une société où chaque génération apporte sa pierre à l’édifice.

Prioritairement, l’Etat premier responsable et garant des programmes d’éducation doit œuvrer de toute sa science et des pouvoirs qu’il détient, pour élaborer des circulas qui orientent et encadrent l’apprenant. Des notions de citoyenneté, au respect du bien public en passant par la formation sur la gestion des affaires de la cité, l’Etat doit s’en sentir capable, et s’y appliquer avec rigueur et méthode.

Ensuite, vient le tour des parents, responsables de la vie des enfants hors de l’école. L’éducation se joue à l’école dans sa grande partie mais c’est à la maison que nos enfants prennent le pas et sont le plus à mêmes à intégrer les valeurs, normes et principes de vie.
Non moins du reste, nos religions jouent également un rôle déterminant dans l’éducation des enfants. Responsables de l’orientation religieuse et morale, elles pèsent de leur poids dans les choix de vie des acteurs de notre société, qu’on soit jeunes ou vieux, instruits ou pas.

Enfin la rue, qui ne se fait compter les décisions ni des uns ni des autres mais qui dicte, parfois même violemment, sa loi à travers tous les moyens de communication disponibles. Nous sommes à une époque où avec une seule clique, nos enfants ont le monde à leur portée. Livrés à leur propre sort, et en proie à une confrontation sans règles, entre l’éducation formelle et l’instruction libre.

Il est alors primordial de trouver l’équilibre. Un équilibre qui veut que les trois premiers à savoir l’Etat, les parents d’élèves et les religieux accordent leurs violons pour passer des messages cohérents, aux risques de voir les enfants leur échapper. Et à chaque fois qu’ils échappent aux trois, c’est la rue qui les récupère.
Pendant des années, j’en ai fait mon combat. Je n’hésitais pas au cours de nos rencontres avec les partenaires, à associer les Organisations Non Gouvernementales qui s’impliquaient dans le système éducatif.

Dans le cadre de la lutte pour une éducation saine, un prototype de salle de vidéo a été construit dans la commune de Natitingou par mes soins pour toutes les écoles de la zone. L’objectif était de permettre aux élèves, à leur temps libre, de suivre des émissions saines, avec l’encadrement adéquat. J’en garde encore de très bons souvenirs.

Bénin / Éducation : déviances dans le système éducatif béninois, et si on situait les responsabilités

Depuis 2000, j’ai tiré la sonnette d’alarme sur les dérives graves qui s’observaient au sein du système éducatif béninois. Je n’ai pas manqué de condamner les parents qui poussaient l’assistance à leurs enfants jusqu’à soudoyer des examinateurs pour avoir les corrigés types des épreuves. C’est dans ce climat qu’un directeur a été tué à Dogbo en 2002 pour avoir dénoncé les tricheries aux examens de Brevet Elémentaire du Premier Cycle (BEPC). Je ne saurais comment vous décrire toutes les menaces que j’ai subies dans l’Atacora pour avoir détruit toutes les stratégies de tricherie avec comme mot d’ordre « examens propres », faisant passer les résultats du CEP de 86%, premier des six départements du Bénin à 36% dernier l’année qui a suivi ma prise de fonction.
Suite à cette expérience douloureuse, j’avais écrit les mots suivants dans l’un des numéros de ‘la Nouvelle Tribune ’ de 2002 :

« Aujourd’hui, nous, parents d’élèves avons fui nos responsabilités. Inscrire un enfant à l’école n’est pas une fin en soi. Encore faut-il le suivre aussi bien à l’école qu’à la maison, l’aider à régler ses problèmes quotidiens, lui venir au secours dans ses devoirs, répondre à ses questionnements sur les diverses préoccupations de la vie, lui apprendre la morale, le civisme et toute notion aussi bien sociale que spirituelle.

Si la plupart des parents ne font presque rien de tout cela, rares sont ceux qui ont levé le petit doigt pour décrier le phénomène de la tricherie qui s’observe dans nos salles d’examens jusqu’au CEP. Comment peut-on éduquer une population à l’éthique, à la morale, au civisme et à l’excellence pendant que les enfants apprennent à copier du tableau soit chez le voisin ? Ne dit-on pas que l’élève est à l’image de son maître ? Ce phénomène, qui s’observe chaque année avec la vilaine complicité de certains enseignants égarés, doit constituer un motif de lutte collective afin de l’enrayer définitivement pendant qu’il est encore temps. Les racines des faux diplômes viennent de là. »

Toutes ces observations faites, il m’apparait légitime de poser un problème qui me hante au quotidien : le système scolaire au Bénin repose-t-il sur l’éducation ou bien sur l’instruction de l’enfant ?
Avec Le traitement que nous faisons des enseignants de nos jours, il est à craindre que le pire arrive.

Mon expérience en qualité de Directeur de l’Inspection et de la Vérification Interne (DIVI) des structures à charge du système éducatif, nous a démontré, mes collègues et moi, que les enseignants commettaient beaucoup d’erreur par ignorance. Cela se justifiait, car comment comprendre que jusqu’à nos jours, le Centre de Formation Professionnel des enseignants (CFPEEN) sis à Porto Novo, bien qu’il ait formé des enseignants d’autres nationalités pour l’exercice de la fonction de directeur d’école ou de collège, n’ait jamais formé le moindre enseignant béninois à cette fonction avant sa prise de fonction en qualité de directeur d’école ou de collège?

Quel est ce pays où les directeurs ne sont pas formés aux normes de gestion internationales et à qui on demande ce qu’ils ne connaissent pas, confondant ainsi pédagogie et administration couplée de gestion ?
Est-il normal que les futurs directeurs soient sur une liste d’aptitude selon l’ancienneté et qui est parfois exploitée au gré de certains paramètres dont la majorité ignore les motivations ?

Du haut de mes expériences diverses, les commandants de brigades de notre époque, confondaient leurs enfants aux bandits dont ils avaient la charge et ils les châtiaient au même titre. Mais que devenaient ces enfants par la suite ? Le suivi de certains a démontré qu’ils sont devenus plus tard des parias de la société, des ratés.

Toute société produit ses propres déchets et devrait les gérer avec doigté et un peu de recul. Il en va de ses chances d’en extraire ce qu’il y a de bon.
Les enfants incriminés aujourd’hui sont le modèle de nos écoles. Prenons nos responsabilités pendant que le cri de détresse de nos enfants résonne en écho, interpellant nos consciences individuelles. Plusieurs coups de semonce ont été tirés depuis 2000, mais la société semble amnésique au phénomène.

Ramenons la balle à terre. C’est devenu un impératif dont dépend notre survie collective. Accordons sans délai à l’enseignant, le respect qui lui est dû. Remettons-le à sa noble place. Donnons-lui les moyens. Faisons appelle à nos psychologues, coachs, pédagogues et autres, pour un audit de tout le système en tenant grand compte des objectifs que notre pays poursuit pour son développement et non en tenant compte du fait que nos élèves ne savent plus parler français alors qu’il est mondialement reconnu que l’analphabète du 21ème cycle c’est celui qui ne sait parler Anglais et qui ne sait utiliser l’outil informatique.
Mieux, où est la logique de la rigueur que nous tenons dans l’expression de cette langue que les propriétaires eux-mêmes articulent de façon approximative, sans s’en soucier plus que ça ?

Réveillons-nous car le développement d’une société tire toute sa substance du crédit de son système éducatif. Chaque enfant qu’on enseigne est un homme qu’on gagne prévenait Victor HUGO.

Ange N’KOUE
Ancien Directeur Adjoint de cabinet du Ministère de l’Education National
Ancien Directeur Départemental de l’Education de l’Atacora -Donga
Ancien Directeur de l’Inspection et de la Vérification Interne

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